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AlexandreGarabedian est rĂ©dacteur en chef d'un mĂ©dia Ă©conomique. Il est lâauteur dâun premier roman, Le SeptiĂšme Chant, thriller historique (Ăditions Pierre Philippe, 2012). [A paraĂźtre
Ilest 0h10 quand nous sonnons chez Marc Lavoine, un atelier, face à Notre-Dame, un espace saturé de photos, de dessins, de tableaux, créés par lui et par d'autres, peuplé de signes qui
Lagrande ambition des femmes est d'inspirer l'amour â De Agatha Christie / Mort sur le Nil Tout sur cet auteur L'auteur Agatha Christie RomanciĂšre anglaise | NĂ©e Ă Torquay le 15
Lexposition Chapeaux Dior, lâart du chapeau de Christian Dior Ă Stephen Jones est Ă dĂ©couvrir du 14 mai au 30 octobre 2022 au MusĂ©e Christian Dior, Villa les Rhumbs, Rue d'Estouteville 50400 Granville. Plus d'informations sur le site MusĂ©eDiorGranville.com. Plus de culture et d'expositions sur
EnFrance, au XVIIIe siĂšcle, une jeune femme est livrĂ©e Ă elle-mĂȘme aprĂšs que son amour l'ait lĂąchement abandonnĂ©e. DĂ©cidant de reprendre en main sa vie, elle va tenter de grimper dans l'Ă©chelle sociale en pleine ambiance prĂ©-rĂ©volutionnaire. Ambition: A Minuet in Power est un rogue-lite ainsi qu'un visual novel se dĂ©roulant quelques mois avant la
fc9Z0S. français arabe allemand anglais espagnol français hĂ©breu italien japonais nĂ©erlandais polonais portugais roumain russe suĂ©dois turc ukrainien chinois anglais Synonymes arabe allemand anglais espagnol français hĂ©breu italien japonais nĂ©erlandais polonais portugais roumain russe suĂ©dois turc ukrainien chinois ukrainien Ces exemples peuvent contenir des mots vulgaires liĂ©s Ă votre recherche Ces exemples peuvent contenir des mots familiers liĂ©s Ă votre recherche inspire love inspire the love inspire a love Si je ne peux inspirer l'amour... je causerai la peur. La grande ambition des femmes est d'inspirer l'amour. "The great ambition of women is to inspire love." Pour inspirer l'amour de votre conjoint Le prix Broquette-Gonin d'histoire est destinĂ© Ă rĂ©compenser l'auteur d'un ouvrage philosophique, politique ou littĂ©raire jugĂ© susceptible d'inspirer l'amour du vrai, du beau et du bien ». The prix Broquette-Gonin d'histoire "is intended to recompense the author of a philosophical, political or literary work deemed likely to inspire the love of truth, beauty and goodness". Mais ils ont toujours eu le mĂȘme objectif Ă©duquer nos visiteurs et leur inspirer l'amour des espaces naturels de notre province. But they've always had the same goal to educate our guests and inspire a love of our province's natural spaces. Nous trouvons des façons crĂ©atives d'inspirer l'amour de la nature et de la culture tout en mettant en valeur les projets de renommĂ©e mondiale de Parcs Canada en termes de conservation et de restauration. We find new and creative ways to inspire a love for nature and culture and highlight the world renowned conservation and restoration projects at Parks Canada. Un pays a besoin d'emblĂšmes et de symboles pour prĂ©server les traditions et inspirer l'amour du pays. -a nation needs emblems and symbols to preserve traditions and inspire love of country. Itay est ravi de faire partie de l'Ă©quipe AFA et inspirer l'amour de l'eau Ă la jeune gĂ©nĂ©ration. Itay is thrilled to be part of the AFA team and inspire the love of the water to the younger generation. HISTOIRE Native Immigrant est une organisation artistique / communautaire de but non-lucratif, dont sa mission est de forger des ponts entre les immigrants et les PremiĂšres Nations pour inspirer l'amour pour cette terre non-cĂšdĂ©, TiohtiĂ tsi ionhwĂ©ntsare. HISTORY Native Immigrant is a community-based, nonprofit art collective whose mission is to build bridges between immigrants and First Nations and to inspire love for this unceded land, TiohtiĂ tsi ionhwĂ©ntsare. Mon conseil aux futures gĂ©nĂ©rations de femmes en science est d'inspirer l'amour de ce que vous faites Ă tout le monde! My advice to future generations of women in science is to inspire the love of what you do to everyone! InspirĂ©e par les peintures des maĂźtres hollandais, cette charmante boĂźte porte une couronne de fleurs pour inspirer l'amour et l'affection, et contient vingt de nos pyramides de soie exclusives, emballĂ©es individuellement dans des sachets brillants et colorĂ©s pour la fraĂźcheur. Inspired by the paintings of the Dutch Masters, this charming box bears a wreath of flowers to inspire love and affection, and holds twenty of our exclusive Silken Pyramids, individually wrapped in lustrous and colourful sachets for freshness. Et je l'envoie autour de la planĂšte entiĂšre pour la tenir ensemble, pour la tenir ensemble pour inspirer l'amour dans le cĆur humain. And sent him circling around the globe to hold together, to hold it together to inspire love in the human heart. Un pays a besoin d'emblĂšmes et de symboles pour prĂ©server les traditions et inspirer l'amour du pays. a nation needs emblems and symbols to preserve traditions and inspire love of country. Lorsqu'il a appris la premiĂšre leçon, qu'il a vaincu la faim du coeur, et refusĂ© de vivre de l'amour d'autrui, le disciple constate qu'il est devenu plus capable d'inspirer l'amour. When he has learning the first lesson, conquered the hunger of the heart, and refused to live on the love of others, he finds himself more capable of inspiring love. Si vous ĂȘtes une Ăąme profondĂ©ment romantique qui cherche Ă inspirer l'amour et Ă approfondir la dĂ©votion, cette derniĂšre incarnation de notre mĂ©lange d'amour et d'eau de gemme attend... If you're a deeply romantic soul looking to inspire love, and deepen devotion, this latest incarnation of our Love gem-water blend awaits... TRADITIONAL NATUROPATHIC USES "Tu dois mourir pour inspirer l'amour si vous pouvez." Dans ma solitude, je dĂ©cidai que si je ne pouvais inspirer l'amour, espoir le plus cher, je provoquerais l'effroi. In my loneliness, I decided that if I could not inspire love, which was my deepest hope, I would instead cause fear. En effet, le rouge est une couleur de contraste; elle peut inspirer l'amour et la passion, autant que le sang et l'enfer. Indeed, red is a color of contrast; It can inspire love and passion, just as much as it can mean blood and hell. Quelle meilleure façon d'inspirer l'amour de la lecture que de vous assoir avec votre tout-petit pour lire un bon livre! What better way to celebrate Children's Book Day and inspire a love of reading than to cuddle up with your little one to read a good book! C'est dur d'inspirer l'amour si vous ĂȘtes nĂ©gative. It's hard for me to breathe in love when you're being so negative. Aucun rĂ©sultat pour cette recherche. RĂ©sultats 37. Exacts 37. Temps Ă©coulĂ© 124 ms. 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jeudi 28 septembre 2017 La grande ambition des femmes est d'inspirer de l'amour. MoliÚre Acteur, dramaturge et metteur en scÚne français à septembre 28, 2017 Libellés 400 iso canon 500 D photoblog parisien de l'oeil libre, acteur, dramaturge et metteur en scÚne français, la grande ambition des femmes est d'inspirer de l'amour, moliÚre Pays/territoire 14470 Courseulles-sur-Mer, France Aucun commentaire Enregistrer un commentaire Article plus récent Article plus ancien Accueil Inscription à Publier les commentaires Atom
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ï»żAoĂ»t 22 2015 La grande ambition des femmes est dâinspirer de lâamour. » â moliĂšre Autres citations que vous pourriez aimer By Angel âą citation amour, citation amour swag, citation courte, citation d'amour courte, citation d'amour facebook, citation femme, citation moliĂšre âą 0 âą Tags amour, amour swag, courte, d'amour courte, d'amour facebook, femme, MoliĂšre Laisser un commentaire Citations AlĂ©atoiresCitation courte Le dessin est la probitĂ© de lâart. â jean-auguste ingres Le dessin est la probitĂ© de lâart. » â jean-auguste ingres Autres citations que vous pourriez aimer Citation sur la vie La tragĂ©die russe a ceci de spĂ©cifique que dâabord elle suscite le rire, ensui... La tragĂ©die russe a ceci de spĂ©cifique que dâabord elle suscite le rire, ensuite lâhorreur, et enfinSi non, les erreurs nâen valaient pas la peine⊠Tu dois toujours apprendre des erreurs du passĂ©. Si non, les erreurs nâen valaient pas la peine. Autres citationsHomeAvez-Vous DĂ©jĂ Une idĂ©e Blagues et Humour Conseils Utiles Le saviez-vous ? Messages et Sms dâamour PensĂ©es de Filles Sais tu aimer ? Saviez-vous que
La princesse de ClĂšves de Marie-Madeleine Pioche de La Vergne, comtesse de La Fayette PREMIERE PARTIE La magnificence et la galanterie nâont jamais paru en France avec tant dâĂ©clat que dans les derniĂšres annĂ©es du rĂšgne de Henri second. Ce prince Ă©tait galant, bien fait et amoureux; quoique sa passion pour Diane de Poitiers, duchesse de Valentinois, eĂ»t commencĂ© il y avait plus de vingt ans, elle nâen Ă©tait pas moins violente, et il nâen donnait pas des tĂ©moignages moins Ă©clatants. Comme il rĂ©ussissait admirablement dans tous les exercices du corps, il en faisait une de ses plus grandes occupations. CâĂ©taient tous les jours des parties de chasse et de paume, des ballets, des courses de bagues, ou de semblables divertissements; les couleurs et les chiffres de madame de Valentinois paraissaient partout, et elle paraissait elle-mĂȘme avec tous les ajustements que pouvait avoir mademoiselle de La Marck, sa petite-fille, qui Ă©tait alors Ă marier. La prĂ©sence de la reine autorisait la sienne. Cette princesse Ă©tait belle, quoiquâelle eĂ»t passĂ© la premiĂšre jeunesse; elle aimait la grandeur, la magnificence et les plaisirs. Le roi lâavait Ă©pousĂ©e lorsquâil Ă©tait encore duc dâOrlĂ©ans, et quâil avait pour aĂźnĂ© le dauphin, qui mourut Ă Tournon, prince que sa naissance et ses grandes qualitĂ©s destinaient Ă remplir dignement la place du roi François premier, son pĂšre. Lâhumeur ambitieuse de la reine lui faisait trouver une grande douceur Ă rĂ©gner; il semblait quâelle souffrĂźt sans peine lâattachement du roi pour la duchesse de Valentinois, et elle nâen tĂ©moignait aucune jalousie; mais elle avait une si profonde dissimulation, quâil Ă©tait difficile de juger de ses sentiments, et la politique lâobligeait dâapprocher cette duchesse de sa personne, afin dâen approcher aussi le roi. Ce prince aimait le commerce des femmes, mĂȘme de celles dont il nâĂ©tait pas amoureux il demeurait tous les jours chez la reine Ă lâheure du cercle, oĂč tout ce quâil y avait de plus beau et de mieux fait, de lâun et de lâautre sexe, ne manquait pas de se trouver. Jamais cour nâa eu tant de belles personnes et dâhommes admirablement bien faits; et il semblait que la nature eĂ»t pris plaisir Ă placer ce quâelle donne de plus beau, dans les plus grandes princesses et dans les plus grands princes. Madame Ălisabeth de France, qui fut depuis reine dâEspagne, commençait Ă faire paraĂźtre un esprit surprenant et cette incomparable beautĂ© qui lui a Ă©tĂ© si funeste. Marie Stuart, reine dâĂcosse, qui venait dâĂ©pouser monsieur le dauphin, et quâon appelait la reine Dauphine, Ă©tait une personne parfaite pour lâesprit et pour le corps elle avait Ă©tĂ© Ă©levĂ©e Ă la cour de France, elle en avait pris toute la politesse, et elle Ă©tait nĂ©e avec tant de dispositions pour toutes les belles choses, que, malgrĂ© sa grande jeunesse, elle les aimait et sây connaissait mieux que personne. La reine, sa belle-mĂšre, et Madame, sĆur du roi, aimaient aussi les vers, la comĂ©die et la musique. Le goĂ»t que le roi François premier avait eu pour la poĂ©sie et pour les lettres rĂ©gnait encore en France; et le roi son fils aimant les exercices du corps, tous les plaisirs Ă©taient Ă la cour. Mais ce qui rendait cette cour belle et majestueuse Ă©tait le nombre infini de princes et de grands seigneurs dâun mĂ©rite extraordinaire. Ceux que je vais nommer Ă©taient, en des maniĂšres diffĂ©rentes, lâornement et lâadmiration de leur siĂšcle. Le roi de Navarre attirait le respect de tout le monde par la grandeur de son rang et par celle qui paraissait en sa personne. Il excellait dans la guerre, et le duc de Guise lui donnait une Ă©mulation qui lâavait portĂ© plusieurs fois Ă quitter sa place de gĂ©nĂ©ral, pour aller combattre auprĂšs de lui comme un simple soldat, dans les lieux les plus pĂ©rilleux. Il est vrai aussi que ce duc avait donnĂ© des marques dâune valeur si admirable et avait eu de si heureux succĂšs, quâil nây avait point de grand capitaine qui ne dĂ»t le regarder avec envie. Sa valeur Ă©tait soutenue de toutes les autres grandes qualitĂ©s il avait un esprit vaste et profond, une Ăąme noble et Ă©levĂ©e, et une Ă©gale capacitĂ© pour la guerre et pour les affaires. Le cardinal de Lorraine, son frĂšre, Ă©tait nĂ© avec une ambition dĂ©mesurĂ©e, avec un esprit vif et une Ă©loquence admirable, et il avait acquis une science profonde, dont il se servait pour se rendre considĂ©rable en dĂ©fendant la religion catholique qui commençait dâĂȘtre attaquĂ©e. Le chevalier de Guise, que lâon appela depuis le grand prieur, Ă©tait un prince aimĂ© de tout le monde, bien fait, plein dâesprit, plein dâadresse, et dâune valeur cĂ©lĂšbre par toute lâEurope. Le prince de CondĂ©, dans un petit corps peu favorisĂ© de la nature, avait une Ăąme grande et hautaine, et un esprit qui le rendait aimable aux yeux mĂȘme des plus belles femmes. Le duc de Nevers, dont la vie Ă©tait glorieuse par la guerre et par les grands emplois quâil avait eus, quoique dans un Ăąge un peu avancĂ©, faisait les dĂ©lices de la cour. Il avait trois fils parfaitement bien faits le second, quâon appelait le prince de ClĂšves, Ă©tait digne de soutenir la gloire de son nom; il Ă©tait brave et magnifique, et il avait une prudence qui ne se trouve guĂšre avec la jeunesse. Le vidame de Chartres, descendu de cette ancienne maison de VendĂŽme, dont les princes du sang nâont point dĂ©daignĂ© de porter le nom, Ă©tait Ă©galement distinguĂ© dans la guerre et dans la galanterie. Il Ă©tait beau, de bonne mine, vaillant, hardi, libĂ©ral; toutes ces bonnes qualitĂ©s Ă©taient vives et Ă©clatantes; enfin, il Ă©tait seul digne dâĂȘtre comparĂ© au duc de Nemours, si quelquâun lui eĂ»t pu ĂȘtre comparable. Mais ce prince Ă©tait un chef-dâĆuvre de la nature; ce quâil avait de moins admirable Ă©tait dâĂȘtre lâhomme du monde le mieux fait et le plus beau. Ce qui le mettait au-dessus des autres Ă©tait une valeur incomparable, et un agrĂ©ment dans son esprit, dans son visage et dans ses actions, que lâon nâa jamais vu quâĂ lui seul; il avait un enjouement qui plaisait Ă©galement aux hommes et aux femmes, une adresse extraordinaire dans tous ses exercices, une maniĂšre de sâhabiller qui Ă©tait toujours suivie de tout le monde, sans pouvoir ĂȘtre imitĂ©e, et enfin, un air dans toute sa personne, qui faisait quâon ne pouvait regarder que lui dans tous les lieux oĂč il paraissait. Il nây avait aucune dame dans la cour, dont la gloire nâeĂ»t Ă©tĂ© flattĂ©e de le voir attachĂ© Ă elle; peu de celles Ă qui il sâĂ©tait attachĂ© se pouvaient vanter de lui avoir rĂ©sistĂ©, et mĂȘme plusieurs Ă qui il nâavait point tĂ©moignĂ© de passion nâavaient pas laissĂ© dâen avoir pour lui. Il avait tant de douceur et tant de disposition Ă la galanterie, quâil ne pouvait refuser quelques soins Ă celles qui tĂąchaient de lui plaire ainsi il avait plusieurs maĂźtresses, mais il Ă©tait difficile de deviner celle quâil aimait vĂ©ritablement. Il allait souvent chez la reine dauphine; la beautĂ© de cette princesse, sa douceur, le soin quâelle avait de plaire Ă tout le monde, et lâestime particuliĂšre quâelle tĂ©moignait Ă ce prince, avaient souvent donnĂ© lieu de croire quâil levait les yeux jusquâĂ elle. Messieurs de Guise, dont elle Ă©tait niĂšce, avaient beaucoup augmentĂ© leur crĂ©dit et leur considĂ©ration par son mariage; leur ambition les faisait aspirer Ă sâĂ©galer aux princes du sang, et Ă partager le pouvoir du connĂ©table de Montmorency. Le roi se reposait sur lui de la plus grande partie du gouvernement des affaires, et traitait le duc de Guise et le marĂ©chal de Saint-AndrĂ© comme ses favoris. Mais ceux que la faveur ou les affaires approchaient de sa personne ne sây pouvaient maintenir quâen se soumettant Ă la duchesse de Valentinois; et quoiquâelle nâeĂ»t plus de jeunesse ni de beautĂ©, elle le gouvernait avec un empire si absolu, que lâon peut dire quâelle Ă©tait maĂźtresse de sa personne et de lâĂtat. Le roi avait toujours aimĂ© le connĂ©table, et sitĂŽt quâil avait commencĂ© Ă rĂ©gner, il lâavait rappelĂ© de lâexil oĂč le roi François premier lâavait envoyĂ©. La cour Ă©tait partagĂ©e entre messieurs de Guise et le connĂ©table, qui Ă©tait soutenu des princes du sang. Lâun et lâautre parti avait toujours songĂ© Ă gagner la duchesse de Valentinois. Le duc dâAumale, frĂšre du duc de Guise, avait Ă©pousĂ© une de ses filles; le connĂ©table aspirait Ă la mĂȘme alliance. Il ne se contentait pas dâavoir mariĂ© son fils aĂźnĂ© avec madame Diane, fille du roi et dâune dame de PiĂ©mont, qui se fit religieuse aussitĂŽt quâelle fut accouchĂ©e. Ce mariage avait eu beaucoup dâobstacles, par les promesses que monsieur de Montmorency avait faites Ă mademoiselle de Piennes, une des filles dâhonneur de la reine; et bien que le roi les eĂ»t surmontĂ©s avec une patience et une bontĂ© extrĂȘme, ce connĂ©table ne se trouvait pas encore assez appuyĂ©, sâil ne sâassurait de madame de Valentinois, et sâil ne la sĂ©parait de messieurs de Guise, dont la grandeur commençait Ă donner de lâinquiĂ©tude Ă cette duchesse. Elle avait retardĂ©, autant quâelle avait pu, le mariage du dauphin avec la reine dâĂcosse la beautĂ© et lâesprit capable et avancĂ© de cette jeune reine, et lâĂ©lĂ©vation que ce mariage donnait Ă messieurs de Guise, lui Ă©taient insupportables. Elle haĂŻssait particuliĂšrement le cardinal de Lorraine; il lui avait parlĂ© avec aigreur, et mĂȘme avec mĂ©pris. Elle voyait quâil prenait des liaisons avec la reine; de sorte que le connĂ©table la trouva disposĂ©e Ă sâunir avec lui, et Ă entrer dans son alliance, par le mariage de mademoiselle de La Marck, sa petite fille, avec monsieur dâAnville, son second fils, qui succĂ©da depuis Ă sa charge sous le rĂšgne de Charles IX. Le connĂ©table ne crut pas trouver dâobstacles dans lâesprit de monsieur dâAnville pour un mariage, comme il en avait trouvĂ© dans lâesprit de monsieur de Montmorency; mais, quoique les raisons lui en fussent cachĂ©es, les difficultĂ©s nâen furent guĂšre moindres. Monsieur dâAnville Ă©tait Ă©perdument amoureux de la reine dauphine, et, quelque peu dâespĂ©rance quâil eĂ»t dans cette passion, il ne pouvait se rĂ©soudre Ă prendre un engagement qui partagerait ses soins. Le marĂ©chal de Saint-AndrĂ© Ă©tait le seul dans la cour qui nâeĂ»t point pris de parti. Il Ă©tait un des favoris, et sa faveur ne tenait quâĂ sa personne le roi lâavait aimĂ© dĂšs le temps quâil Ă©tait dauphin; et depuis, il lâavait fait marĂ©chal de France, dans un Ăąge oĂč lâon nâa pas encore accoutumĂ© de prĂ©tendre aux moindres dignitĂ©s. Sa faveur lui donnait un Ă©clat quâil soutenait par son mĂ©rite et par lâagrĂ©ment de sa personne, par une grande dĂ©licatesse pour sa table et pour ses meubles, et par la plus grande magnificence quâon eĂ»t jamais vue en un particulier. La libĂ©ralitĂ© du roi fournissait Ă cette dĂ©pense; ce prince allait jusquâĂ la prodigalitĂ© pour ceux quâil aimait; il nâavait pas toutes les grandes qualitĂ©s, mais il en avait plusieurs, et surtout celle dâaimer la guerre et de lâentendre; aussi avait-il eu dâheureux succĂšs et si on en excepte la bataille de Saint-Quentin, son rĂšgne nâavait Ă©tĂ© quâune suite de victoires. Il avait gagnĂ© en personne la bataille de Renty; le PiĂ©mont avait Ă©tĂ© conquis; les Anglais avaient Ă©tĂ© chassĂ©s de France, et lâempereur Charles-Quint avait vu finir sa bonne fortune devant la ville de Metz, quâil avait assiĂ©gĂ©e inutilement avec toutes les forces de lâEmpire et de lâEspagne. NĂ©anmoins, comme le malheur de Saint-Quentin avait diminuĂ© lâespĂ©rance de nos conquĂȘtes, et que, depuis, la fortune avait semblĂ© se partager entre les deux rois, ils se trouvĂšrent insensiblement disposĂ©s Ă la paix. La duchesse douairiĂšre de Lorraine avait commencĂ© Ă en faire des propositions dans le temps du mariage de monsieur le dauphin; il y avait toujours eu depuis quelque nĂ©gociation secrĂšte. Enfin, Cercamp, dans le pays dâArtois, fut choisi pour le lieu oĂč lâon devait sâassembler. Le cardinal de Lorraine, le connĂ©table de Montmorency et le marĂ©chal de Saint-AndrĂ© sây trouvĂšrent pour le roi; le duc dâAlbe et le prince dâOrange, pour Philippe II; et le duc et la duchesse de Lorraine furent les mĂ©diateurs. Les principaux articles Ă©taient le mariage de madame Ălisabeth de France avec Don Carlos, infant dâEspagne, et celui de Madame sĆur du roi, avec monsieur de Savoie. Le roi demeura cependant sur la frontiĂšre, et il y reçut la nouvelle de la mort de Marie, reine dâAngleterre. Il envoya le comte de Randan Ă Ălisabeth, pour la complimenter sur son avĂšnement Ă la couronne; elle le reçut avec joie. Ses droits Ă©taient si mal Ă©tablis, quâil lui Ă©tait avantageux de se voir reconnue par le roi. Ce comte la trouva instruite des intĂ©rĂȘts de la cour de France, et du mĂ©rite de ceux qui la composaient; mais surtout il la trouva si remplie de la rĂ©putation du duc de Nemours, elle lui parla tant de fois de ce prince, et avec tant dâempressement, que, quand monsieur de Randan fut revenu, et quâil rendit compte au roi de son voyage, il lui dit quâil nây avait rien que monsieur de Nemours ne pĂ»t prĂ©tendre auprĂšs de cette princesse, et quâil ne doutait point quâelle ne fĂ»t capable de lâĂ©pouser. Le roi en parla Ă ce prince dĂšs le soir mĂȘme; il lui fit conter par monsieur de Randan toutes ses conversations avec Ălisabeth, et lui conseilla de tenter cette grande fortune. Monsieur de Nemours crut dâabord que le roi ne lui parlait pas sĂ©rieusement; mais comme il vit le contraire âAu moins, Sire, lui dit-il, si je mâembarque dans une entreprise chimĂ©rique, par le conseil et pour le service de Votre MajestĂ©, je la supplie de me garder le secret, jusquâĂ ce que le succĂšs me justifie vers le public, et de vouloir bien ne me pas faire paraĂźtre rempli dâune assez grande vanitĂ©, pour prĂ©tendre quâune reine, qui ne mâa jamais vu, me veuille Ă©pouser par amour. Le roi lui promit de ne parler quâau connĂ©table de ce dessein, et il jugea mĂȘme le secret nĂ©cessaire pour le succĂšs. Monsieur de Randan conseillait Ă monsieur de Nemours dâaller en Angleterre sur le simple prĂ©texte de voyager; mais ce prince ne put sây rĂ©soudre. Il envoya Lignerolles qui Ă©tait un jeune homme dâesprit, son favori, pour voir les sentiments de la reine, et pour tĂącher de commencer quelque liaison. En attendant lâĂ©vĂ©nement de ce voyage, il alla voir le duc de Savoie, qui Ă©tait alors Ă Bruxelles avec le roi dâEspagne. La mort de Marie dâAngleterre apporta de grands obstacles Ă la paix; lâassemblĂ©e se rompit Ă la fin de novembre, et le roi revint Ă Paris. Il parut alors une beautĂ© Ă la cour, qui attira les yeux de tout le monde, et lâon doit croire que câĂ©tait une beautĂ© parfaite, puisquâelle donna de lâadmiration dans un lieu oĂč lâon Ă©tait si accoutumĂ© Ă voir de belles personnes. Elle Ă©tait de la mĂȘme maison que le vidame de Chartres, et une des plus grandes hĂ©ritiĂšres de France. Son pĂšre Ă©tait mort jeune, et lâavait laissĂ©e sous la conduite de madame de Chartres, sa femme, dont le bien, la vertu et le mĂ©rite Ă©taient extraordinaires. AprĂšs avoir perdu son mari, elle avait passĂ© plusieurs annĂ©es sans revenir Ă la cour. Pendant cette absence, elle avait donnĂ© ses soins Ă lâĂ©ducation de sa fille; mais elle ne travailla pas seulement Ă cultiver son esprit et sa beautĂ©; elle songea aussi Ă lui donner de la vertu et Ă la lui rendre aimable. La plupart des mĂšres sâimaginent quâil suffit de ne parler jamais de galanterie devant les jeunes personnes pour les en Ă©loigner. Madame de Chartres avait une opinion opposĂ©e; elle faisait souvent Ă sa fille des peintures de lâamour; elle lui montrait ce quâil a dâagrĂ©able pour la persuader plus aisĂ©ment sur ce quâelle lui en apprenait de dangereux; elle lui contait le peu de sincĂ©ritĂ© des hommes, leurs tromperies et leur infidĂ©litĂ©, les malheurs domestiques oĂč plongent les engagements; et elle lui faisait voir, dâun autre cĂŽtĂ©, quelle tranquillitĂ© suivait la vie dâune honnĂȘte femme, et combien la vertu donnait dâĂ©clat et dâĂ©lĂ©vation Ă une personne qui avait de la beautĂ© et de la naissance. Mais elle lui faisait voir aussi combien il Ă©tait difficile de conserver cette vertu, que par une extrĂȘme dĂ©fiance de soi-mĂȘme, et par un grand soin de sâattacher Ă ce qui seul peut faire le bonheur dâune femme, qui est dâaimer son mari et dâen ĂȘtre aimĂ©e. Cette hĂ©ritiĂšre Ă©tait alors un des grands partis quâil y eĂ»t en France; et quoiquâelle fĂ»t dans une extrĂȘme jeunesse, lâon avait dĂ©jĂ proposĂ© plusieurs mariages. Madame de Chartres, qui Ă©tait extrĂȘmement glorieuse, ne trouvait presque rien digne de sa fille; la voyant dans sa seiziĂšme annĂ©e, elle voulut la mener Ă la cour. Lorsquâelle arriva, le vidame alla au-devant dâelle; il fut surpris de la grande beautĂ© de mademoiselle de Chartres, et il en fut surpris avec raison. La blancheur de son teint et ses cheveux blonds lui donnaient un Ă©clat que lâon nâa jamais vu quâĂ elle; tous ses traits Ă©taient rĂ©guliers, et son visage et sa personne Ă©taient pleins de grĂące et de charmes. Le lendemain quâelle fut arrivĂ©e, elle alla pour assortir des pierreries chez un Italien qui en trafiquait par tout le monde. Cet homme Ă©tait venu de Florence avec la reine, et sâĂ©tait tellement enrichi dans son trafic, que sa maison paraissait plutĂŽt celle dâun grand seigneur que dâun marchand. Comme elle y Ă©tait, le prince de ClĂšves y arriva. Il fut tellement surpris de sa beautĂ©, quâil ne put cacher sa surprise; et mademoiselle de Chartres ne put sâempĂȘcher de rougir en voyant lâĂ©tonnement quâelle lui avait donnĂ©. Elle se remit nĂ©anmoins, sans tĂ©moigner dâautre attention aux actions de ce prince que celle que la civilitĂ© lui devait donner pour un homme tel quâil paraissait. Monsieur de ClĂšves la regardait avec admiration, et il ne pouvait comprendre qui Ă©tait cette belle personne quâil ne connaissait point. Il voyait bien par son air, et par tout ce qui Ă©tait Ă sa suite, quâelle devait ĂȘtre dâune grande qualitĂ©. Sa jeunesse lui faisait croire que câĂ©tait une fille; mais ne lui voyant point de mĂšre, et lâItalien qui ne la connaissait point lâappelant madame, il ne savait que penser, et il la regardait toujours avec Ă©tonnement. Il sâaperçut que ses regards lâembarrassaient, contre lâordinaire des jeunes personnes qui voient toujours avec plaisir lâeffet de leur beautĂ©; il lui parut mĂȘme quâil Ă©tait cause quâelle avait de lâimpatience de sâen aller, et en effet elle sortit assez promptement. Monsieur de ClĂšves se consola de la perdre de vue, dans lâespĂ©rance de savoir qui elle Ă©tait; mais il fut bien surpris quand il sut quâon ne la connaissait point. Il demeura si touchĂ© de sa beautĂ©, et de lâair modeste quâil avait remarquĂ© dans ses actions, quâon peut dire quâil conçut pour elle dĂšs ce moment une passion et une estime extraordinaires. Il alla le soir chez Madame, sĆur du roi. Cette princesse Ă©tait dans une grande considĂ©ration, par le crĂ©dit quâelle avait sur le roi, son frĂšre; et ce crĂ©dit Ă©tait si grand, que le roi, en faisant la paix, consentait Ă rendre le PiĂ©mont, pour lui faire Ă©pouser le duc de Savoie. Quoiquâelle eĂ»t dĂ©sirĂ© toute sa vie de se marier, elle nâavait jamais voulu Ă©pouser quâun souverain, et elle avait refusĂ© pour cette raison le roi de Navarre lorsquâil Ă©tait duc de VendĂŽme, et avait toujours souhaitĂ© monsieur de Savoie; elle avait conservĂ© de lâinclination pour lui depuis quâelle lâavait vu Ă Nice, Ă lâentrevue du roi François premier et du pape Paul troisiĂšme. Comme elle avait beaucoup dâesprit, et un grand discernement pour les belles choses, elle attirait tous les honnĂȘtes gens, et il y avait de certaines heures oĂč toute la cour Ă©tait chez elle. Monsieur de ClĂšves y vint Ă son ordinaire; il Ă©tait si rempli de lâesprit et de la beautĂ© de mademoiselle de Chartres, quâil ne pouvait parler dâautre chose. Il conta tout haut son aventure, et ne pouvait se lasser de donner des louanges Ă cette personne quâil avait vue, quâil ne connaissait point. Madame lui dit quâil nây avait point de personne comme celle quâil dĂ©peignait, et que sâil y en avait quelquâune, elle serait connue de tout le monde. Madame de Dampierre, qui Ă©tait sa dame dâhonneur et amie de madame de Chartres, entendant cette conversation, sâapprocha de cette princesse, et lui dit tout bas que câĂ©tait sans doute mademoiselle de Chartres que monsieur de ClĂšves avait vue. Madame se retourna vers lui, et lui dit que sâil voulait revenir chez elle le lendemain, elle lui ferait voir cette beautĂ© dont il Ă©tait si touchĂ©. Mademoiselle de Chartres parut en effet le jour suivant; elle fut reçue des reines avec tous les agrĂ©ments quâon peut sâimaginer, et avec une telle admiration de tout le monde, quâelle nâentendait autour dâelle que des louanges. Elle les recevait avec une modestie si noble, quâil ne semblait pas quâelle les entendĂźt, ou du moins quâelle en fĂ»t touchĂ©e. Elle alla ensuite chez Madame, sĆur du roi. Cette princesse, aprĂšs avoir louĂ© sa beautĂ©, lui conta lâĂ©tonnement quâelle avait donnĂ© Ă monsieur de ClĂšves. Ce prince entra un moment aprĂšs. âVenez, lui dit-elle, voyez si je ne vous tiens pas ma parole, et si en vous montrant mademoiselle de Chartres, je ne vous fais pas voir cette beautĂ© que vous cherchiez; remerciez-moi au moins de lui avoir appris lâadmiration que vous aviez dĂ©jĂ pour elle. Monsieur de ClĂšves sentit de la joie de voir que cette personne quâil avait trouvĂ©e si aimable Ă©tait dâune qualitĂ© proportionnĂ©e Ă sa beautĂ©; il sâapprocha dâelle, et il la supplia de se souvenir quâil avait Ă©tĂ© le premier Ă lâadmirer, et que, sans la connaĂźtre, il avait eu pour elle tous les sentiments de respect et dâestime qui lui Ă©taient dus. Le chevalier de Guise et lui, qui Ă©taient amis, sortirent ensemble de chez Madame. Ils louĂšrent dâabord mademoiselle de Chartres sans se contraindre. Ils trouvĂšrent enfin quâils la louaient trop, et ils cessĂšrent lâun et lâautre de dire ce quâils en pensaient; mais ils furent contraints dâen parler les jours suivants, partout oĂč ils se rencontrĂšrent. Cette nouvelle beautĂ© fut longtemps le sujet de toutes les conversations. La reine lui donna de grandes louanges, et eut pour elle une considĂ©ration extraordinaire; la reine dauphine en fit une de ses favorites, et pria madame de Chartres de la mener souvent chez elle. Mesdames, filles du roi, lâenvoyaient chercher pour ĂȘtre de tous leurs divertissements. Enfin, elle Ă©tait aimĂ©e et admirĂ©e de toute la cour, exceptĂ© de madame de Valentinois. Ce nâest pas que cette beautĂ© lui donnĂąt de lâombrage une trop longue expĂ©rience lui avait appris quâelle nâavait rien Ă craindre auprĂšs du roi; mais elle avait tant de haine pour le vidame de Chartres, quâelle avait souhaitĂ© dâattacher Ă elle par le mariage dâune de ses filles, et qui sâĂ©tait attachĂ© Ă la reine, quâelle ne pouvait regarder favorablement une personne qui portait son nom, et pour qui il faisait paraĂźtre une grande amitiĂ©. Le prince de ClĂšves devint passionnĂ©ment amoureux de mademoiselle de Chartres, et souhaitait ardemment de lâĂ©pouser; mais il craignait que lâorgueil de madame de Chartres ne fĂ»t blessĂ© de donner sa fille Ă un homme qui nâĂ©tait pas lâaĂźnĂ© de sa maison. Cependant cette maison Ă©tait si grande, et le comte dâEu, qui en Ă©tait lâaĂźnĂ©, venait dâĂ©pouser une personne si proche de la maison royale, que câĂ©tait plutĂŽt la timiditĂ© que donne lâamour, que de vĂ©ritables raisons, qui causaient les craintes de monsieur de ClĂšves. Il avait un grand nombre de rivaux le chevalier de Guise lui paraissait le plus redoutable par sa naissance, par son mĂ©rite, et par lâĂ©clat que la faveur donnait Ă sa maison. Ce prince Ă©tait devenu amoureux de mademoiselle de Chartres le premier jour quâil lâavait vue; il sâĂ©tait aperçu de la passion de monsieur de ClĂšves, comme monsieur de ClĂšves sâĂ©tait aperçu de la sienne. Quoiquâils fussent amis, lâĂ©loignement que donnent les mĂȘmes prĂ©tentions ne leur avait pas permis de sâexpliquer ensemble; et leur amitiĂ© sâĂ©tait refroidie, sans quâils eussent eu la force de sâĂ©claircir. Lâaventure qui Ă©tait arrivĂ©e Ă monsieur de ClĂšves, dâavoir vu le premier mademoiselle de Chartres, lui paraissait un heureux prĂ©sage, et semblait lui donner quelque avantage sur ses rivaux; mais il prĂ©voyait de grands obstacles par le duc de Nevers son pĂšre. Ce duc avait dâĂ©troites liaisons avec la duchesse de Valentinois elle Ă©tait ennemie du vidame, et cette raison Ă©tait suffisante pour empĂȘcher le duc de Nevers de consentir que son fils pensĂąt Ă sa niĂšce. Madame de Chartres, qui avait eu tant dâapplication pour inspirer la vertu Ă sa fille, ne discontinua pas de prendre les mĂȘmes soins dans un lieu oĂč ils Ă©taient si nĂ©cessaires, et oĂč il y avait tant dâexemples si dangereux. Lâambition et la galanterie Ă©taient lâĂąme de cette cour, et occupaient Ă©galement les hommes et les femmes. Il y avait tant dâintĂ©rĂȘts et tant de cabales diffĂ©rentes, et les dames y avaient tant de part, que lâamour Ă©tait toujours mĂȘlĂ© aux affaires, et les affaires Ă lâamour. Personne nâĂ©tait tranquille, ni indiffĂ©rent; on songeait Ă sâĂ©lever, Ă plaire, Ă servir ou Ă nuire; on ne connaissait ni lâennui, ni lâoisivetĂ©, et on Ă©tait toujours occupĂ© des plaisirs ou des intrigues. Les dames avaient des attachements particuliers pour la reine, pour la reine dauphine, pour la reine de Navarre, pour Madame, sĆur du roi, ou pour la duchesse de Valentinois. Les inclinations, les raisons de biensĂ©ance, ou le rapport dâhumeur faisaient ces diffĂ©rents attachements. Celles qui avaient passĂ© la premiĂšre jeunesse et qui faisaient profession dâune vertu plus austĂšre Ă©taient attachĂ©es Ă la reine. Celles qui Ă©taient plus jeunes et qui cherchaient la joie et la galanterie faisaient leur cour Ă la reine dauphine. La reine de Navarre avait ses favorites; elle Ă©tait jeune et elle avait du pouvoir sur le roi son mari il Ă©tait joint au connĂ©table, et avait par lĂ beaucoup de crĂ©dit. Madame, sĆur du roi, conservait encore de la beautĂ©, et attirait plusieurs dames auprĂšs dâelle. La duchesse de Valentinois avait toutes celles quâelle daignait regarder; mais peu de femmes lui Ă©taient agrĂ©ables; et exceptĂ© quelques-unes qui avaient sa familiaritĂ© et sa confiance, et dont lâhumeur avait du rapport avec la sienne, elle nâen recevait chez elle que les jours oĂč elle prenait plaisir Ă avoir une cour comme celle de la reine. Toutes ces diffĂ©rentes cabales avaient de lâĂ©mulation et de lâenvie les unes contre les autres les dames qui les composaient avaient aussi de la jalousie entre elles, ou pour la faveur, ou pour les amants; les intĂ©rĂȘts de grandeur et dâĂ©lĂ©vation se trouvaient souvent joints Ă ces autres intĂ©rĂȘts moins importants, mais qui nâĂ©taient pas moins sensibles. Ainsi il y avait une sorte dâagitation sans dĂ©sordre dans cette cour, qui la rendait trĂšs agrĂ©able, mais aussi trĂšs dangereuse pour une jeune personne. Madame de Chartres voyait ce pĂ©ril, et ne songeait quâaux moyens dâen garantir sa fille. Elle la pria, non pas comme sa mĂšre, mais comme son amie, de lui faire confidence de toutes les galanteries quâon lui dirait, et elle lui promit de lui aider Ă se conduire dans des choses oĂč lâon Ă©tait souvent embarrassĂ©e quand on Ă©tait jeune. Le chevalier de Guise fit tellement paraĂźtre les sentiments et les desseins quâil avait pour mademoiselle de Chartres, quâils ne furent ignorĂ©s de personne. Il ne voyait nĂ©anmoins que de lâimpossibilitĂ© dans ce quâil dĂ©sirait; il savait bien quâil nâĂ©tait point un parti qui convĂźnt Ă mademoiselle de Chartres, par le peu de biens quâil avait pour soutenir son rang; et il savait bien aussi que ses frĂšres nâapprouveraient pas quâil se mariĂąt, par la crainte de lâabaissement que les mariages des cadets apportent dâordinaire dans les grandes maisons. Le cardinal de Lorraine lui fit bientĂŽt voir quâil ne se trompait pas; il condamna lâattachement quâil tĂ©moignait pour mademoiselle de Chartres, avec une chaleur extraordinaire; mais il ne lui en dit pas les vĂ©ritables raisons. Ce cardinal avait une haine pour le vidame, qui Ă©tait secrĂšte alors, et qui Ă©clata depuis. Il eĂ»t plutĂŽt consenti Ă voir son frĂšre entrer dans tout autre alliance que dans celle de ce vidame; et il dĂ©clara si publiquement combien il en Ă©tait Ă©loignĂ©, que madame de Chartres en fut sensiblement offensĂ©e. Elle prit de grands soins de faire voir que le cardinal de Lorraine nâavait rien Ă craindre, et quâelle ne songeait pas Ă ce mariage. Le vidame prit la mĂȘme conduite, et sentit, encore plus que madame de Chartres, celle du cardinal de Lorraine, parce quâil en savait mieux la cause. Le prince de ClĂšves nâavait pas donnĂ© des marques moins publiques de sa passion, quâavait fait le chevalier de Guise. Le duc de Nevers apprit cet attachement avec chagrin. Il crut nĂ©anmoins quâil nâavait quâĂ parler Ă son fils, pour le faire changer de conduite; mais il fut bien surpris de trouver en lui le dessein formĂ© dâĂ©pouser mademoiselle de Chartres. Il blĂąma ce dessein; il sâemporta et cacha si peu son emportement, que le sujet sâen rĂ©pandit bientĂŽt Ă la cour, et alla jusquâĂ madame de Chartres. Elle nâavait pas mis en doute que monsieur de Nevers ne regardĂąt le mariage de sa fille comme un avantage pour son fils; elle fut bien Ă©tonnĂ©e que la maison de ClĂšves et celle de Guise craignissent son alliance, au lieu de la souhaiter. Le dĂ©pit quâelle eut lui fit penser Ă trouver un parti pour sa fille, qui la mĂźt au-dessus de ceux qui se croyaient au-dessus dâelle. AprĂšs avoir tout examinĂ©, elle sâarrĂȘta au prince dauphin, fils du duc de Montpensier. Il Ă©tait lors Ă marier, et câĂ©tait ce quâil y avait de plus grand Ă la cour. Comme madame de Chartres avait beaucoup dâesprit, quâelle Ă©tait aidĂ©e du vidame qui Ă©tait dans une grande considĂ©ration, et quâen effet sa fille Ă©tait un parti considĂ©rable, elle agit avec tant dâadresse et tant de succĂšs, que monsieur de Montpensier parut souhaiter ce mariage, et il semblait quâil ne sây pouvait trouver de difficultĂ©s. Le vidame, qui savait lâattachement de monsieur dâAnville pour la reine dauphine, crut nĂ©anmoins quâil fallait employer le pouvoir que cette princesse avait sur lui, pour lâengager Ă servir mademoiselle de Chartres auprĂšs du roi et auprĂšs du prince de Montpensier, dont il Ă©tait ami intime. Il en parla Ă cette reine, et elle entra avec joie dans une affaire oĂč il sâagissait de lâĂ©lĂ©vation dâune personne quâelle aimait beaucoup; elle le tĂ©moigna au vidame, et lâassura que, quoiquâelle sĂ»t bien quâelle ferait une chose dĂ©sagrĂ©able au cardinal de Lorraine, son oncle, elle passerait avec joie par-dessus cette considĂ©ration, parce quâelle avait sujet de se plaindre de lui, et quâil prenait tous les jours les intĂ©rĂȘts de la reine contre les siens propres. Les personnes galantes sont toujours bien aises quâun prĂ©texte leur donne lieu de parler Ă ceux qui les aiment. SitĂŽt que le vidame eut quittĂ© madame la dauphine, elle ordonna Ă ChĂątelart, qui Ă©tait favori de monsieur dâAnville, et qui savait la passion quâil avait pour elle, de lui aller dire, de sa part, de se trouver le soir chez la reine. ChĂątelart reçut cette commission avec beaucoup de joie et de respect. Ce gentilhomme Ă©tait dâune bonne maison de DauphinĂ©; mais son mĂ©rite et son esprit le mettaient au-dessus de sa naissance. Il Ă©tait reçu et bien traitĂ© de tout ce quâil y avait de grands seigneurs Ă la cour, et la faveur de la maison de Montmorency lâavait particuliĂšrement attachĂ© Ă monsieur dâAnville. Il Ă©tait bien fait de sa personne, adroit Ă toutes sortes dâexercices; il chantait agrĂ©ablement, il faisait des vers, et avait un esprit galant et passionnĂ© qui plut si fort Ă monsieur dâAnville, quâil le fit confident de lâamour quâil avait pour la reine dauphine. Cette confidence lâapprochait de cette princesse, et ce fut en la voyant souvent quâil prit le commencement de cette malheureuse passion qui lui ĂŽta la raison, et qui lui coĂ»ta enfin la vie. Monsieur dâAnville ne manqua pas dâĂȘtre le soir chez la reine; il se trouva heureux que madame la dauphine lâeĂ»t choisi pour travailler Ă une chose quâelle dĂ©sirait, et il lui promit dâobĂ©ir exactement Ă ses ordres; mais madame de Valentinois, ayant Ă©tĂ© avertie du dessein de ce mariage, lâavait traversĂ© avec tant de soin, et avait tellement prĂ©venu le roi que, lorsque monsieur dâAnville lui en parla, il lui fit paraĂźtre quâil ne lâapprouvait pas, et lui ordonna mĂȘme de le dire au prince de Montpensier. Lâon peut juger ce que sentit madame de Chartres par la rupture dâune chose quâelle avait tant dĂ©sirĂ©e, dont le mauvais succĂšs donnait un si grand avantage Ă ses ennemis, et faisait un si grand tort Ă sa fille. La reine dauphine tĂ©moigna Ă mademoiselle de Chartres, avec beaucoup dâamitiĂ©, le dĂ©plaisir quâelle avait de lui avoir Ă©tĂ© inutile âVous voyez, lui dit-elle, que jâai un mĂ©diocre pouvoir; je suis si haĂŻe de la reine et de la duchesse de Valentinois, quâil est difficile que par elles, ou par ceux qui sont dans leur dĂ©pendance, elles ne traversent toujours toutes les choses que je dĂ©sire. Cependant, ajouta-t-elle, je nâai jamais pensĂ© quâĂ leur plaire; aussi elles ne me haĂŻssent quâĂ cause de la reine ma mĂšre, qui leur a donnĂ© autrefois de lâinquiĂ©tude et de la jalousie. Le roi en avait Ă©tĂ© amoureux avant quâil le fĂ»t de madame de Valentinois; et dans les premiĂšres annĂ©es de son mariage, quâil nâavait point encore dâenfants, quoiquâil aimĂąt cette duchesse, il parut quasi rĂ©solu de se dĂ©marier pour Ă©pouser la reine ma mĂšre. Madame de Valentinois qui craignait une femme quâil avait dĂ©jĂ aimĂ©e, et dont la beautĂ© et lâesprit pouvaient diminuer sa faveur, sâunit au connĂ©table, qui ne souhaitait pas aussi que le roi Ă©pousĂąt une sĆur de messieurs de Guise. Ils mirent le feu roi dans leurs sentiments, et quoiquâil haĂŻt mortellement la duchesse de Valentinois, comme il aimait la reine, il travailla avec eux pour empĂȘcher le roi de se dĂ©marier; mais pour lui ĂŽter absolument la pensĂ©e dâĂ©pouser la reine ma mĂšre, ils firent son mariage avec le roi dâĂcosse, qui Ă©tait veuf de madame Magdeleine, sĆur du roi, et ils le firent parce quâil Ă©tait le plus prĂȘt Ă conclure, et manquĂšrent aux engagements quâon avait avec le roi dâAngleterre, qui la souhaitait ardemment. Il sâen fallait peu mĂȘme que ce manquement ne fĂźt une rupture entre les deux rois. Henri VIII ne pouvait se consoler de nâavoir pas Ă©pousĂ© la reine ma mĂšre; et, quelque autre princesse française quâon lui proposĂąt, il disait toujours quâelle ne remplacerait jamais celle quâon lui avait ĂŽtĂ©e. Il est vrai aussi que la reine ma mĂšre Ă©tait une parfaite beautĂ©, et que câest une chose remarquable que, veuve dâun duc de Longueville, trois rois aient souhaitĂ© de lâĂ©pouser; son malheur lâa donnĂ©e au moindre, et lâa mise dans un royaume oĂč elle ne trouve que des peines. On dit que je lui ressemble je crains de lui ressembler aussi par sa malheureuse destinĂ©e, et, quelque bonheur qui semble se prĂ©parer pour moi, je ne saurais croire que jâen jouisse. Mademoiselle de Chartres dit Ă la reine que ces tristes pressentiments Ă©taient si mal fondĂ©s, quâelle ne les conserverait pas longtemps, et quâelle ne devait point douter que son bonheur ne rĂ©pondĂźt aux apparences. Personne nâosait plus penser Ă mademoiselle de Chartres, par la crainte de dĂ©plaire au roi, ou par la pensĂ©e de ne pas rĂ©ussir auprĂšs dâune personne qui avait espĂ©rĂ© un prince du sang. Monsieur de ClĂšves ne fut retenu par aucune de ces considĂ©rations. La mort du duc de Nevers, son pĂšre, qui arriva alors, le mit dans une entiĂšre libertĂ© de suivre son inclination, et, sitĂŽt que le temps de la biensĂ©ance du deuil fut passĂ©, il ne songea plus quâaux moyens dâĂ©pouser mademoiselle de Chartres. Il se trouvait heureux dâen faire la proposition dans un temps oĂč ce qui sâĂ©tait passĂ© avait Ă©loignĂ© les autres partis, et oĂč il Ă©tait quasi assurĂ© quâon ne la lui refuserait pas. Ce qui troublait sa joie, Ă©tait la crainte de ne lui ĂȘtre pas agrĂ©able, et il eĂ»t prĂ©fĂ©rĂ© le bonheur de lui plaire Ă la certitude de lâĂ©pouser sans en ĂȘtre aimĂ©. Le chevalier de Guise lui avait donnĂ© quelque sorte de jalousie; mais comme elle Ă©tait plutĂŽt fondĂ©e sur le mĂ©rite de ce prince que sur aucune des actions de mademoiselle de Chartres, il songea seulement Ă tĂącher de dĂ©couvrir quâil Ă©tait assez heureux pour quâelle approuvĂąt la pensĂ©e quâil avait pour elle. Il ne la voyait que chez les reines, ou aux assemblĂ©es; il Ă©tait difficile dâavoir une conversation particuliĂšre. Il en trouva pourtant les moyens, et il lui parla de son dessein et de sa passion avec tout le respect imaginable; il la pressa de lui faire connaĂźtre quels Ă©taient les sentiments quâelle avait pour lui, et il lui dit que ceux quâil avait pour elle Ă©taient dâune nature qui le rendrait Ă©ternellement malheureux, si elle nâobĂ©issait que par devoir aux volontĂ©s de madame sa mĂšre. Comme mademoiselle de Chartres avait le cĆur trĂšs noble et trĂšs bien fait, elle fut vĂ©ritablement touchĂ©e de reconnaissance du procĂ©dĂ© du prince de ClĂšves. Cette reconnaissance donna Ă ses rĂ©ponses et Ă ses paroles un certain air de douceur qui suffisait pour donner de lâespĂ©rance Ă un homme aussi Ă©perdument amoureux que lâĂ©tait ce prince de sorte quâil se flatta dâune partie de ce quâil souhaitait. Elle rendit compte Ă sa mĂšre de cette conversation, et madame de Chartres lui dit quâil y avait tant de grandeur et de bonnes qualitĂ©s dans monsieur de ClĂšves, et quâil faisait paraĂźtre tant de sagesse pour son Ăąge, que, si elle sentait son inclination portĂ©e Ă lâĂ©pouser, elle y consentirait avec joie. Mademoiselle de Chartres rĂ©pondit quâelle lui remarquait les mĂȘmes bonnes qualitĂ©s, quâelle lâĂ©pouserait mĂȘme avec moins de rĂ©pugnance quâun autre, mais quâelle nâavait aucune inclination particuliĂšre pour sa personne. DĂšs le lendemain, ce prince fit parler Ă madame de Chartres; elle reçut la proposition quâon lui faisait, et elle ne craignit point de donner Ă sa fille un mari quâelle ne pĂ»t aimer, en lui donnant le prince de ClĂšves. Les articles furent conclus; on parla au roi, et ce mariage fut su de tout le monde. Monsieur de ClĂšves se trouvait heureux, sans ĂȘtre nĂ©anmoins entiĂšrement content. Il voyait avec beaucoup de peine que les sentiments de mademoiselle de Chartres ne passaient pas ceux de lâestime et de la reconnaissance, et il ne pouvait se flatter quâelle en cachĂąt de plus obligeants, puisque lâĂ©tat oĂč ils Ă©taient lui permettait de les faire paraĂźtre sans choquer son extrĂȘme modestie. Il ne se passait guĂšre de jours quâil ne lui en fĂźt ses plaintes. âEst-il possible, lui disait-il, que je puisse nâĂȘtre pas heureux en vous Ă©pousant? Cependant il est vrai que je ne le suis pas. Vous nâavez pour moi quâune sorte de bontĂ© qui ne peut me satisfaire; vous nâavez ni impatience, ni inquiĂ©tude, ni chagrin; vous nâĂȘtes pas plus touchĂ©e de ma passion que vous le seriez dâun attachement qui ne serait fondĂ© que sur les avantages de votre fortune, et non pas sur les charmes de votre personne.âIl y a de lâinjustice Ă vous plaindre, lui rĂ©pondit-elle; je ne sais ce que vous pouvez souhaiter au-delĂ de ce que je fais, et il me semble que la biensĂ©ance ne permet pas que jâen fasse davantage.
la grande ambition des femmes est d inspirer l amour